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Florence Plon Psychanalyste, journaliste, auteur formatrice à l'Institut Européen de Psychanalyse et Travail social Superviseur indépendant, membre de l'association A.S.I.E

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Nos séparations de David Foenkinos Nrf 2008




Un style allant et enlevé, d’un qui connaît, (l’auteur comme le narrateur) les mots et leur poids  et les travaille dans la sobriété, la légèreté, le classicisme d’une écriture dépouillée, incisive, voire tranchante.
Voilà bien un livre qui attire l’attention : qualité littéraire, esprit de la psychanalyse sous couvert de ne rien en savoir, et  roman qui vous mène, à perdre haleine, via une lecture vive et impatiente vers une fin annoncée qu’on ne peut s’empêcher de vouloir aller vérifier…
Difficile de parler de ce livre tout en n’en divulguant pas le contenu qu’il faut veiller à garder secret, comme une saveur à déguster lentement.
On y trouve, en marge de cette belle écriture, des observations impertinentes de moeurs croquées sur le vif, au fil d’un humour décapant. L’histoire, vivante, passionnante, tumultueuse, indique que la tectonique des sentiments a marqué de son sceau celui qui, désabusé, est resté sur le carreau pour être passé à côté de sa vie.
Il y est question d’un homme, de femmes, de mots dits ou pas dits, de chagrins et de bonheurs et surtout, d’un amour de toujours,  «comme si le premier amour était une condamnation  à perpétuité… »
                   

***

L’humour oui, il fait passer bien des choses et allège le ton avant que l’histoire ne sombre, d’une page sur l’autre, comme ces enfants qui passent du rire aux larmes, dans ces zones  où l’insouciance nous quitte pour faire place à l’émotion, voire à la nostalgie, devant le ratage jamais évité… Scènes  désopilantes croquées chez Ikea, lieu de toutes les variations de psychothérapies de couples, ou déclinaison hilarante de ce signifiant du « cou », qui se transmet de génération en génération, dans une famille marquée par les cravates, les rasoirs et les cordes, domaine de l’inscription de l’étrange, où, du serrage à l’étouffement, on passe par la coupure et la mort…
Véracité et vivacité de l’observation … dotée d’une ironie mordante quand il s’agit de démontrer que les choses ne vont pas toujours comme on veut, et que l’inconscient déboule à l’improviste dans nos vies si piteusement organisées…

Mais au cœur de ce livre, se love cette démonstration fulgurante, s'il en est, qu'on n'a jamais que la vie que l'on se fait... Et que la faute ne vient pas de l’autre, mais bien des choix et des décisions qui vous ont appartenus.
De là, s’érige cette  question, si problématique, de la confiance sur laquelle repose une relation qui, lorsqu’elle est trahie, entraîne des conséquences innombrables et inéluctables…. Avec, comme conclusion, cette certitude, amère mais juste, que  l’on paye précisément toujours là où l’on s’est soi-même piétiné… et que l’on se piétine d’autant mieux que l’on est dans la pulsion névrotique destructrice d’un rapport obsédant à la mort : « J’ai l’impression que la mort est un regard qui me guette en permanence.»
Et ce regard empêche de voir la vie dans ce qu’elle vous offre, et qui est à prendre si l’on ne veut pas le perdre ; mais il permet ce bénéfice secondaire de faire, de sa destinée, une rumination d’éternels regrets… «  Comment dire que le temps a passé, comment dire que la vie a marché sur moi pendant dix ans ? »

Héros nostalgique et parfois amer « je ne peux pas dire que j’ai manqué d’amour ; j’ai simplement dû le partager avec tous les nécessiteux de la planète », il s’embarque pour naviguer sur des océans de risques avec une  voilure inconséquente. Sans surprise, il se noie dans la répétition névrotique de l’échec, suite à une éducation dont il croit que : « dans la plupart des cas, c’est juste un entraînement quotidien pour nous pousser à ne pas ressembler à nos parents. »
Mais une éducation transmet toujours un savoir répétitif. Et en cette occurrence familiale, une règle qui est de ne pas en avoir, l’interdit d’interdire, et une morale où la seule morale est d’être sans  principes. Principes après lesquels il aspire pourtant, mais sans pouvoir les intégrer. Et cela le mène tout droit à la souffrance ravageante du vouloir tout, tout le temps (ou du manque du manque), orientant son désir vers l’impossible qu’il se forge.
Cependant, comme dans tout parcours de vie, si tout est écrit, la permission est donnée, et chaque sujet a toujours la liberté de choisir pour lui.
Comme le disait si bien Joe Dassin « Il y a les filles que l'on aime, Et celles qu'on aurait pu aimer, Puis un jour il y a la femme qu'on attendait. ».. . Et celle-là, il la laisse passer, parce qu’il s’est laissé aller au mensonge, au non-dit, et s’est arrogé le droit de prendre le pouvoir sur l’autre, au nom de préceptes contestables de sacrifice ou de vertu… Vouloir croire préserver l’autre, ou vouloir son bien et l’épargner, est une louable intention, de celles qui pavent l’enfer ; il en fait le constat, à son corps défendant, et le paye au prix fort. « Faire les choses au nom du bien, et plus encore au nom du bien de l’autre, voilà qui est bien loin de nous mettre à l’abri non seulement de la culpabilité, mais de toutes sortes de catastrophes intérieures. En particulier, cela ne nous met certainement pas à l’abri de la névrose et de ses conséquences »   nous explique Lacan.
Ou encore, parce qu’il n’a pas été capable d’opter pour le choix et a glissé vers tous les compromis  et les semblants, et parce qu’il n’a pas su ou voulu accepter de perdre et s’est engouffré dans la facilité de ne vouloir rien perdre, il perd tout, lorsque survient l’instant de vérité qui aurait pu changer sa vie.
Or, il n’y a pas de plus beau cadeau, à se faire à soi-même, que de ne rien se concéder, et d’éviter d’obturer le manque, pour laisser la place au désir. Ainsi lit-on dans l’Ethique de la psychanalyse,  « je propose que la seule chose dont on puisse être coupable, au moins dans la perspective analytique, c’est d’avoir cédé sur son désir. »
Et comme toujours, cela se sait au plus profond de soi et d’emblée, après avoir rencontré l’irréparable, se réalise que tout est fini et qu’on ne court plus que derrière une ombre…

                        ***

Ce mot si beau, si grave, si lourd, de « séparation » où se profilent déjà toutes les douleurs de la perte, du deuil, de la coupure de liens qui nous unissent, met à mal notre position face à la castration. A la lumière de nos cheminements, se conjugueront nos capacités à faire avec… ou pas… à survivre… ou à construire…
Peut-être, peut-on cependant s’octroyer cette note optimiste de vouloir penser, que même lorsque l’on se quitte, dans nos amours humaines, on peut aussi ne pas se séparer…


Florence Plon
 Psychanalyste
 Pour Cultures et Sociétés
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D
Analyse très pertinente...
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