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Florence Plon Psychanalyste, journaliste, auteur formatrice à l'Institut Européen de Psychanalyse et Travail social Superviseur indépendant, membre de l'association A.S.I.E

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Loti

LOTI Pierre (1850-1923)

« Le Tigre » qui, selon son expression, n'aimait pas les tatas, le traita avec son ironie mordante coutumière… Son valet de chambre, Albert Boulin, a décrit ainsi l'illustre visiteur : « Un petit homme noir et blanc en pelisse et casquette d'automobiliste (…) ôta son dolman et découvrit une vareuse très collante constellée de décorations (…) J'imaginais un marin de haut bord et non ce petit homme fardé, poudré, frisé, les lèvres peintes et les oreilles trouées d'anneaux d'or, au parfum violent de Patchouli, benjoin et poudre de riz. Les paupières étaient passées au khôl (…) ce vieux monsieur déguisé en cocotte (…) au sourire ambigu. En dépit de son déguisement, il émanait de lui, à part le vétiver, un charme indéfinissable. » Gilbert Prouteau, Le Dernier Défi de Georges Clemenceau.

Le contraste est saisissant ! Que penser de cet homme dont la carrière se déroula, pendant quarante ans, sous le signe de la Marine, en tant qu’officier, naviguant entre guerres et missions de découvertes, sur tous les océans de la planète… Les voyages sont sa marque et son destin. Il prend sa retraite au  pays basque où il meurt, délaissant sa maison de famille, aujourd’hui devenue musée à Rochefort. Il l’avait d’ailleurs transformée en maison orientale, lui annexant une petite mosquée. Les moments forts de son œuvre tournent autour de Pêcheurs d’Islande, de Ramuntcho et traitent de la dureté de la vie des hommes de ce siècle, écartelés entre courage et pauvreté. Le goût pour l’Orient, qu’il développe très tôt, à l’instar des Romantiques, l’entraînera vers les plaisirs hallucinés des fumeries d’opium, des rencontres inédites, et des récoltes d’images luxuriantes dont il nourrira ses romans. Il fut LE peintre de la mer et de ses tragédies ; et le rêveur de contrées lointaines aux saveurs exotiques et parfumées. Il restera cependant hanté par la mort, dans un état d’esprit mélancolique dont il tentera, sans fin, de s’évader. L’échec et la souffrance, liés à l’impuissance de chacun face à sa destinée, seront ses thèmes de prédilection. Il n’adhèrera pas, de ce fait, au mouvement naturaliste qui se met en place à son époque dans une optique beaucoup plus réaliste. Son succès littéraire est à son apogée : en 1888, il est élu à l’Académie Française, contre Zola ; il a 42 ans. Son goût immodéré pour la Turquie et sa curiosité et sa tolérance pour d’autres moeurs sont cependant contrecarrées, par des positions hellénophobes, antisémites et arménophobes, doublées d’une arrogance, d’un coté imbu de lui-même, et d’une misogynie notoire. Il faisait fi de tout, de la morale et des principes, se voulait ivre de liberté, ne croyait en rien, ni en personne. « J’ai mis 27 ans à en arriver là ; si je suis tombé plus bas que la moyenne des hommes, j’étais aussi parti de plus haut. » Sa propension au baroque, au décadentisme, fut alimentée par son culte de l’apparence, de la parure, du fétichisme du travesti, la passion des tatouages et du fard… Il eut de nombreuses relations homosexuelles au cours de ses voyages, ainsi qu’avec, entre autres, Joseph Bernard et Pierre Le Cor. Ses penchants trouvèrent leur plein écho dans son roman :

 Aziyadée 1879

Genre : roman

Est l’histoire, en Turquie, d’une jeune musulmane après la mort de laquelle le héros, un jeune officier de marine anglais, part sur le front se faire tuer. La relation est orageuse. L’histoire ne dit pas que la jeune musulmane est un subterfuge grâce auquel Loti « mit toute son âme d’alors, son âme en déroute et prise dans les premiers vertiges mortels » pour raconter sa vie intime et la rencontre de deux jeunes tucs dont il s’était épris lors d’un voyage deux ans plus tôt. C’est un mélange de genres, des notes de voyages, au roman en passant par la correspondance ; mais c’est une tragédie sur fond d’orientalisme avec son lot de passion et de morts. Il y croque, avec bonheur, les scènes de la vie quotidienne d’Istambul et de Salonique, la douceur de vivre au rythme oriental, la richesse des parures, et les corps des hommes et des jeunes garçons qui l’attirent. Dans le culte de l’ambiguïté et de la dissimulation, il a excellé et laissé une trace durable. F.P.

 

 

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