Florence Plon Psychanalyste, journaliste, auteur formatrice à l'Institut Européen de Psychanalyse et Travail social Superviseur indépendant, membre de l'association A.S.I.E
LORCA Federico Garcia (1898-1936)
On pourrait l’étiqueter, selon le mot de Nietzsche, comme « un halluciné de l’arrière monde ». Hanté par le temps, hanté par la mort… Victime expiatoire emblématique du Franquisme, assassiné pour tout ce qu’il était, poète, subversif, homosexuel… exécuté à l’aube du 19 Août 1936, près du village de Viznar, près de la Fuente Grande que les Maures appelaient la Source aux Larmes. Les historiens s’accordent de nos jours, à penser que sa mort serait liée à de tenaces rancoeurs personnelles, économiques et politiques entre trois grandes familles locales (les García Lorca, les Roldán et les Alba). "La majorité des crimes de la Guerre d'Espagne relèvent de règlements de comptes personnels", ajoute Miguel Caballero Pérez, évoquant un ensemble de mobiles contre Lorca. (Les 13 dernières heures de la vie de Garcia Lorca, publié en juin 2011) Le Duende s’est penché sur son berceau. Dramaturge, peintre, musicien, compositeur, il a tous les dons, tous les talents. Poète de l’Espagne, ses vers du Romancero Gitano sont traversés par les sons gutturaux du flamenco. Pétri de tradition et amateur de corridas, il est l’ombre « de las cinco de la tarde » qui voit mourir les toréadors. Il est le chantre de l’Andalousie, de sa culture, de sa musique, de ses gitans, de ses traditions, de l’âme de ce peuple… Ami de Luis Bunuel, de Manuel de Falla, de Salvador Dali, il s’implique, dès les années vingt, dans l’avant-garde de la création et découvre le Surréalisme. Son œuvre restera interdite par Franco jusqu’en 1953. Sa dépouille ne sera jamais retrouvée. Son homosexualité resta tabou dans cette Espagne réactionnaire, et la famille lutta farouchement contre toute révélation. Peu avant sa mort, en 2010, Juan Ramirez de Lucas, collectionneur et critique d’art, évoquera, après 70 années de silence, leur relation. Ian Gibson, son biographe, publie Le Cheval bleu de ma folie, (ajout de l’éditeur français : l’édition originale espagnole (2009) se contentait de ce qui est pour nous le sous-titre, Federico García Lorca y el mundo gay). F.P.
Œuvres complètes, Volumes I et II, Gallimard, bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1981.
Genre : Poésies.
Résumé : le secret et le non-dit ont fait de ces poèmes, un roman… D’ailleurs, les mots : secret, fuite, caché, se cacher, reviennent, à maintes reprises, dans les sonnets… comme les pleurs, le sang, la mort. Lorca vivait très mal sa sexualité et fit une dépression face à l’angoisse grandissante de cacher son penchant à ses amis et sa famille ; il fut, durant sa jeunesse, la cible de bien des quolibets et maltraitances, voire peut-être même, on le craint, de tortures homophobes avant sa mort. Peu après l’arrestation de Lorca, Ramirez de Lucas, son dernier amant, entre au quotidien ABC, grâce à un ami commun et se spécialise dans l’art populaire et l’architecture. Il rencontre alors son futur compagnon de vie, mais ne parlera jamais de Lorca dont il conserve, cependant, les souvenirs dans une boite en bois qu’il lèguera à sa sœur. A l’intérieur, un journal intime, des poèmes de Lorca, des lettres… Jamais il ne fit mention de leur liaison ; il fut pourtant le «jeune blond d’Albacete», le héros des derniers « Sonetos del amor oscuro » - soit-disant destinés à Rafael Rodríguez Rapún - publiés cinquante ans après la mort de Lorca. Ramírez n’ayant jamais répondu aux questions des biographes de Lorca, la publication du contenu de la lettre et du journal a eu l’effet d’une bombe. Ces éléments modifièrent amplement l’analyse de la dernière partie de son œuvre. Dans la dernière lettre à Juan, le 18 juillet 1936, Lorca lui écrit : «Je suis ton meilleur ami et je te demande d’être diplomate, de ne pas te laisser emporter par le fleuve. Juan, il faut que tu recommences à rire…» Seuls quelques proches du couple étaient au courant de cette relation dans son ensemble, y compris les poètes Luis Rosales et Antonio Hernández, qui l’ont confirmée. Luis Rosales se rappelait ainsi que Lorca avait passé ses derniers jours à corriger les sonnets. F.P.