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Florence Plon Psychanalyste, journaliste, auteur formatrice à l'Institut Européen de Psychanalyse et Travail social Superviseur indépendant, membre de l'association A.S.I.E

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Flaubert

FLAUBERT Gustave (1821-1880)

 Passionné de littérature, l’homme vient d’un milieu bourgeois ; mais il va en faire une critique lucide et sévère en se lançant dans l’écriture, sous la bannière du mouvement littéraire dit « réaliste ». D’une génération directement héritière des envolées lyriques du Romantisme, Flaubert va rompre avec le genre pour se faire le peintre des mœurs dans un souci d’objectivité, d’impartialité, et de précision scientifique ; il est contre l’exaltation et veille « à se borner à exprimer les choses telles qu’elles sont ». Il se veut le peintre qui, en juxtaposant des petites touches, va créer la couleur de l’ensemble. Son but artistique : paraître absent de son œuvre et aboutir une science de l’art qui se ferait un art scientifique. La critique se déchaînera contre lui, dont Barbey d’Aurevilly, qui le taxera d’esprit sec, dénué de passion, d’idéal, de profondeur. En résumé, un réalisme tellement réel qu’il cesse d’intéresser à force d’intelligence surfaite « le vide de tête qu’avait affirmé Salammbô ». Salammbô fut pourtant un succès. Il l’écrivit pour rompre avec la chaîne de problèmes judiciaires engendrés par Madame Bovary. Le Bovarisme passera à la postérité, comme l’aptitude à se bercer d’illusions et à se complaire dans la dépression. Ce côté sombre, et mélancolique, il le connaît pour l’avoir en lui. On parle de maladie nerveuse, d’épilepsie… Il fait une crise particulièrement violente alors qu’il a une vingtaine d’années après laquelle il n’est plus le même. Il parlera de « désespoir réfléchi » et se livrera, pour ses romans, à des recherches de documentation  insatiables, écrasantes, qui confineront à la maniaquerie. Salammbô mais surtout Bouvard et Pécuchet, qu’il laissera inachevé, sont les exemples de cet impératif à la pléthore. Il vit des moments d’extase où il a l’intuition et la révélation d’un ordre universel, cosmique. Mais cultive un sentiment d’échec en écho avec un état dépressif lié à la finitude désespérée de l’homme. Il passe cinquante trois mois sur Madame Bovary dont le fameux « Madame Bovary c’est moi » peut interroger du côté de son identité sexuée, voire d’un « pousse à la femme » éclairant le peu d’affects et de sentiments qu’il injecta dans sa sexualité, davantage pulsionnelle qu’amoureuse. Il se dira, à cet égard, incapable d’aimer et impuissant à accéder aux belles choses de la vie. Le procès fait à « l’indécence » de Madame Bovary (qu’il gagne cependant et dont le retentissement va assurer sa célébrité), l’échec de l’Education sentimentale, ne vont pas l’aider à s’équilibrer. Torturé par sa confrontation âpre à l’écriture, il s’y adonne corps et âme, dans une solitude addictive. Il meurt brutalement après le succès des Trois contes.

Salammbô

Genre : roman historique

Année de 1° publication : 1862

Critique : « C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. » Cette phrase, considérée comme un des joyaux de la littérature française, donne un aperçu de son talent. On doit y écouter le rythme de sa prose. Pour ce livre il voyagera en Egypte et en Tunisie (1858) et dépouillera tout ce qui peut se lire, à l’époque, sur l’Antiquité Méditerranéenne. Quatorze versions auront été nécessaires à certains épisodes de la bataille de Macar. Il va reconstituer minutieusement la ville de Carthage au 3° siècle av. J.C. où vit Salammbô, fille d’Hamilcar, adoratrice de Tanit. Les combats entre Hamilcar et les Barbares, sont restitués, comme si l’on y était, avec la grandeur épique de récits hallucinés. Son esthétisme épuré, ciselé,  dévoile les abysses de ce qui n’a pas été dit. Il excelle à suggérer des ambiances rien qu’en décrivant les lieux, mais aussi à introduire la profondeur de ses personnages, uniquement par les transcriptions minutieuses de leur physique et de leurs faits et gestes. L’histoire, éminemment complexe, relève d’un tissage d’intrigues et de batailles, de trahisons et de joutes autour d’un voile sacré... Matho, mercenaire en révolte, dérobe le voile de Tanit par amour pour Salammbô. Les Barbares seront atrocement décimés, Matho torturé à mort, sous ses yeux, tandis qu’elle succombera, à son tour, sous les puissances maléfiques, pour l’avoir aussi aimé en secret. Flaubert épinglera avec soin la complicité entre ces soldats qui, souvent, en couples, allaient mourir, main dans la main, sur les champs de batailles dans des agonies partagées. La propension de l’auteur à relater des relations homo repose sur ses propres penchants : plus enclin à se tourner vers des hommes que vers des femmes, il déclinera au long de sa vie une version très robotisée des relations où l’amour et la tendresse ne semblaient guère aux commandes, au bénéfice d’une simple satisfaction physiologique. Ses partenaires, Alfred le Poittevin, Louis Bouilhet ou Maxime du Camp, avec lesquels il entretint une correspondance à travers un vocabulaire très cru, commentent, en sus de leurs relations, sa fréquentation des bains maures, lors de ses voyages au Moyen Orient, et ses relations avec les beaux jeunes gens employés dans ces lieux. Bien des lettres ont malheureusement été détruites, mais ces témoignages sont sans équivoque. F.P.

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