Florence Plon Psychanalyste, journaliste, auteur formatrice à l'Institut Européen de Psychanalyse et Travail social Superviseur indépendant, membre de l'association A.S.I.E
DESNOS Robert (1900-1945)
En 1926, Robert Desnos écrit ces vers prémonitoires :
« A la poste d’hier tu télégraphieras
Que nous sommes bien morts avec les hirondelles. »
De fait, il meurt le 8 Juin 45, libre, mais à bout de forces, dans le camp de Térézine, où les nazis l’ont laissé avec quelques autres prisonniers rescapés de leur débâcle. Arrêté en 44 après deux années dans la Résistance, il passera par la deshumanisation de Buchenwald qui lui sera fatale. Poète, il l’est depuis ses 17 ans. Il se dira ne pas croire en Dieu, mais avoir le sens de l’infini. Il recherche l’insolence, l’insolite, tente les paradis artificiels, les expériences les plus audacieuses, veut libérer ses pensées les plus hardies, vivre sa vie sans entraves, dans une quête toujours renouvelée de l’inouï. Il note ses rêves (portes ouvertes sur l’inconnu où se cherche la vérité), se dit médium, développe une incroyable capacité à l’écriture automatique, portant un intérêt passionné à tout ce qui relève du langage. Il aura un rôle déterminant dans le mouvement Surréaliste tentant de développer toute une fantasmagorie de rapports neufs avec la création. Il y incarne la résistance à l’obscurantisme du monde. Breton, Aragon, Soupault, Tzara et B. Peret verront en lui une « hallucinante puissance d’expression poétique qui improvisait à volonté ». Il touche à tout, le journalisme, la radio, le cinéma, à travers l’écriture de scenarii. La musique le fait vibrer, via le jazz, le tango, le fado. Nombre de ses poèmes furent illustrés par des peintres de renom de Picasso à Masson. Il sut « côtoyer l’instinct, et fut le chantre de l’espoir et du lendemain ». F.P.
La liberté ou l’amour. (1927) Gallimard, Paris, 1962.
Genre : roman surréaliste, qui n’en est pas un.
Critique : Dès 1924, dans Deuil pour deuil, on peut lire un poème : « il a su toucher mon cœur » dont l’homosexualité, liée à quelques expériences, sans doute très ponctuelles, se lit en filigrane. Ce n’est guère une constante, car il aime les femmes dont Youki, sa compagne et son inspiratrice. Il explique cependant que toute morale implique une connaissance approfondie des zones hors-limites, confondue à une recherche de l’amour licencieux, dont l’absolu tend vers la pureté. La liberté ou l’amour est, sans doute possible, l’un des points culminants de son œuvre. Qualifiée de SOS sexuel, c’est une ode à l’érotisme en soi. Il y livre « dans un déchaînement de féerie obscène et de cauchemars rouges de sang ». (Pierre Berger) un univers magique où la liberté, l’émancipation intégrale, subliment l’imagination. Il s’adresse à un fantôme lyrique qui se fera le dépositaire de cette créativité et de ce cri d’angoisse. Ce texte est emblématique de l’écriture automatique à l’apogée de l’esthétisme du Surréalisme. Il fut cependant « mutilé par le jugement d’un tribunal de la Seine qui ne savait pas que les droits de la Poésie sont imprescriptibles ». (P. Berger)