Florence Plon Psychanalyste, journaliste, auteur formatrice à l'Institut Européen de Psychanalyse et Travail social Superviseur indépendant, membre de l'association A.S.I.E
Les déferlantes Claudie Gallay
Editions du Rouergue Rodez 2008 525 p
Il y a des livres, comme cela, rares ; on a envie de dire des choses dessus, des tas de choses ; et puis l’on recule, car il est impossible d’écrire sur une telle écriture. Dire, c’est déjà trop ou pas assez… alors on se tait : on ne peut que se taire : le silence, c’est le mieux pour écouter la fureur des mots ou leur résignation et leur nostalgie. Le silence, oui, c’est le mieux pour accueillir les bouleversements que la mer apporte, dans le chaos des côtes de la Hague où ne règnent que les vagues, isolant ce bout de terre tel une île, tel un phare.
L’auteur décrit avec tact et sobriété ces destins qui s’entrecroisent dans la solidarité du tragique : des destins où les uns passent à côté de leur vie, et où les autres, roulés dans le flux des souvenirs se font prendre au piège sur le chemin de l’oubli. Elle dit le mutisme de ceux qui s’enfoncent dans leurs secrets, une vie entière, dans les rancunes et la haine, tenaces…
Elle parle de ceux que l’on croit pouvoir oublier mais qui reviennent inéluctablement, indéfiniment, comme les vagues, sur la jetée, renouvelées à l’infini, des horizons de la mer où se noient les confins de la souffrance et du deuil. Elle sait que la vie se fraye un chemin vaille que vaille, coûte que coûte, parce qu’un jour, il est temps.
Le style est puissant : il porte et évoque ; pourtant, il dit peu, mais les images surgissent, et laissent subjugué, comme dans une espèce de temps suspendu. Le sublime qui émerge, ça ne se commente pas, bien sûr …
On lit, pris dans l’émotion, l’angoisse ; cela s’impose ; cela en impose.
Claudie Gallay est indiscutablement un grand écrivain