Florence Plon Psychanalyste, journaliste, auteur formatrice à l'Institut Européen de Psychanalyse et Travail social Superviseur indépendant, membre de l'association A.S.I.E
GIDE André
« Suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant. » Voilà qui pourrait illustrer la trajectoire littéraire et personnelle de Gide : assumer la complexité et les contradictions de son être et vivre dans le monde auquel il appartenait (1869/1951). Deux conflits mondiaux, des voyages, Tunisie, Congo, Russie, lui ont forgé sa ligne tant politique qu’humaniste : communiste mais déçu par le formalisme et les excès du stalinisme ; protestant mais attiré par des penchants, à l’époque, considérés comme subversifs et dangereux. Dans ses écrits, à commencer par son journal et sa correspondance avec Roger Martin du Gard, il a beaucoup parlé de lui. Sa créativité est empreinte des tiraillements mettant en résonnance un style classique inspiré de Montaigne et Descartes (unité de fond et de forme, dépouillement et sobriété) et une tendance à l’introspection et au romantisme liée à une sensibilité exacerbée captant les frémissements d’une « météorologie intime » à la Rousseau. Une réalisation romanesque mais aussi théâtrale, moderne, dégagée des censures où il s’attachera à « devenir sa vérité », affirmant, par ce faire, la conquête de soi comme l’assomption de la responsabilité et donc de la liberté. Il dira avoir écrit « pour être relu » et saura mourir, riche, comme Thésée, d’avoir « pour le bien de l’humanité future, fait son œuvre : avoir vécu. » Il passera en force à la renommée et à la postérité au mépris des conventions et des détracteurs. Docteur honoris causa d’Oxford, académicien au siège de François Mauriac, puis couronné par le Nobel en 1947 pour l’ensemble de sa production, il aura été cet homme qui « quelqu’il soit et si taré que tu le juges, doit faire jeu des cartes qu’il a. » Et il s’honorera d’avoir consacré sa vie à déjouer l’énigme du Sphinx par cette seule réponse : « l’Homme ». Profession de foi radicale dans le sujet que chacun porte en soi. De la femme, il ne put retenir que le versant maternel, dissociant la pureté, de ses désirs obscurs, dissociant l’amour, des pulsions, et par voie de conséquence, conjuguant à jamais dans son être et dans sa plume, moralité et perversité.* Par son style limpide, parfois ironique, il établit une distance souveraine lui permettant une observation de lui comme d’un objet, marque personnelle de sa création artistique.
Florence Plon
Vol. I et II, Paris, Gallimard, « La Pléiade » [2001] 2009.
Les Nourritures terrestres, [1897] :
Genre : roman/poème en prose
Résumé : hymne à la libido et à l’érotisme, œuvre lyrique et sensuelle à la structure hybride sans personnage, ni intrigue ; l’art littéraire aux confins de l’esthétique…
L’Immoraliste, [1902]
Genre : roman
Résumé : face à la maladie et à la mort, le héros prend conscience de ce qu’il est et de ce qu’il veut pour lui. Ce choix aura des conséquences tragiques sur sa vie de couple.
Si le grain ne meurt, [1921]
Genre : autobiographie
Résumé : récit de ses souvenirs d’enfance, puis de la découverte de son homosexualité au cours d’un voyage en Algérie.
Les Faux-monnayeurs, [1925]
Genre : roman
Résumé : ouvrage au programme du Bac littéraire 2017, et doublé par l’auteur d’un Journal des Faux monnayeurs où sont décrites sa méthode de travail et sa technique d’écriture. Il y est question d’un ado qui découvre un secret concernant sa filiation et remet en question ses liens familiaux, son milieu bourgeois et chrétien par une révolte anti conformiste propre à cet âge. Y sont évoqués les liens familiaux, l’homosexualité, l’adolescence, l’argent et la place des femmes, thèmes chers à Gide.
Ainsi soit-il ou les jeux sont faits, [1952]
Genre : récit autobiographique
Résumé : « un feu d’artifice crépusculaire » commente un critique au sujet de cet ouvrage écrit au long de sa dernière année de vie. Il a 81 ans et n’a rien perdu de sa fougue et de sa pureté d’écriture et coule des jours heureux auprès de Mala, un jeune apollon saharien. Après ce long parcours à toujours chercher à comprendre ce qu’il éprouvait, il conclut : « somme toute, la partie que je jouais, je l’ai gagnée ».
Journal 1 1887-1925 Journal 2 1926-1950
Correspondance
* perversion : à lire, de nos jours, selon le décodage de la psychanalyse, comme une autre version du père, une père-version, où le désir oedipien, à l’inverse de la névrose, se porte sur le parent de même sexe.